Notre cerveau et ses heuristiques

« Le cerveau est le seul organe qui s’est nommé lui même ! »

Comme l’a également dit Kevin FINEL dans un autre article :
« Il faut pouvoir apprendre à apprendre »…
Et comme le dit Albert MOUKHEIBER  :
« il faut aussi pouvoir réfléchir à notre réflexion. »

Dans cet article, nous allons partir observer différents aspects des fonctionnements de notre cerveau : les heuristiques (que nous allons définir au fils des exemples de l’article ci-dessous).
Par cette observation, nous allons constater que selon certaines circonstances, il nous induit en erreur pour notre bien. Notre cerveau va, depuis notre naissance et tout au long de notre vie, faire automatiquement des raccourcis mentaux, que l’on appelle associations, ou encore biais cognitifs.

L’idée n’est pas forcément de les corriger, même si cela est possible pour certains automatismes ou certaines associations et dans une certaine mesure. L’idée est plutôt d’en prendre conscience, de les connaître, car cela revient à se connaître ou connaître un peu mieux comment fonctionne le cerveau lambda (le cerveau de « monsieur » et « madame » « tout le monde ») et plus spécifiquement le notre, ses mécanismes.

La vidéo ci dessous va être utile pour décrypter, analyser et comprendre certaines choses concernant les mécanismes neuronaux via quelques petits tests sympas.

 

Avant d’entrer dans le sujet de cet article, et pour mieux l’appréhender, nous allons aborder une notion du monde physique, via un comparatif entre ce qui se passe dans le monde extérieur et le monde du cerveau.

Comparatif

Fonctionnement du monde extérieur :
Action → réaction / conséquences.
Exemple : Imaginez, vous avez un verre dans votre main, vous le lâchez (précision, vous êtes sur terre, pas dans l’espace), le verre « tombe » au sol, soumis à la gravité, attiré par le centre de la terre (loi de Newton).

Fonctionnement du cerveau via les sens :
– on voit avec les yeux
– on entend avec les oreilles
– on sent avec le nez
– on goute avec la langue

On parle et on pense comme cela par automatisme mais en réalité, les yeux, les oreilles, et les autres organes, sont des récepteurs. Ils vont recevoir les information du monde extérieur, les transmettre à notre centre de traitement qui est le cerveau, qui va ensuite analyser, filtrer, et causer une réaction.

Chaque seconde, le cerveau reçoit et analyse une quantité immense de données ou informations, et doit prendre des décisions souvent très vite.

Méthode scientifique / heuristique

Prenons maintenant une partie de la méthode scientifique :
faire des observations, émettre des théories, faire de la modélisation.
Cette manière de faire les choses avec précision permet la réalisation d’actions complexes comme construire de l’électronique, fabriquer des satellites qui seront ensuite envoyés dans l’espace…

Dans la vie de tous les jours, pour les choses du quotidien, l’utilisation de la méthode scientifique est inapplicable, le processus est trop long, complexe et énergivore.

Le cerveau utilise une méthode plus approximative qui fonctionne et se corrige dans la majorité des circonstances : les heuristiques.

Un exemple d’heuristique :
vous approchez d’une personne et vous lui serrez la main.
A priori, quand vous faites les pas l’un vers l’autre, que vous déplacez votre bras et votre main jusqu’à toucher la main de l’autre, vous ne faites aucun calcul conscient, vous bougez juste votre corps sans calculer, sans compter les pas, sans vous dire à vous même que vous êtes assez prêt, vous ne calculez pas non plus les mouvements de la main de l’autre, bref, tout cela se fait « à l’instinct ».
Un heuristique se met en place à tout âge dès que vous faites quelque chose de nouveau, et votre cerveau fait une multitude de calculs dont vous êtes plus ou moins inconscient selon votre rapport interpersonnel, votre rapport conscient à l’instant présent, autrement dit, votre présence mentale d’observation de ce qui se passe au moment où cela se passe.

Observez un bébé ou un enfant qui commence à essayer de manger, d’amener la cuillère vers sa bouche. Au début il va toucher la joue plusieurs fois , ou le nez, ou faire tomber la cuillère. Cela fait partie des premier heuristiques, qui se corrigent avec le temps jusqu’au niveau de précision souhaitée.

Chaque nouveau heuristique s’améliore jusqu’à être efficace à environ 99,9 %.

On utilise les heuristiques dans nos comportements, nos activités physiques, et dans nos raisonnements.

Les heuristiques, un mal pour un bien

Nous allons maintenant voire un exemple dans lequel ces heuristiques nous font défaut, des erreurs de raisonnement, « biais cognitifs » :
allez à 5 minutes 35 secondes de la vidéo, dès que vous êtes prêt, mettez sur lecture et répondez le plus rapidement possible.
(pour info, même en connaissant le test et la réponse, je me trompe si je réponds vite quand je suis fatigué…).
Si vous n’avez pas encore visionné le tests, je ne veux pas gâcher votre première fois, donc sans dévoiler le test, je vais expliquer le principe :
5 formes ou objets différents et sans lien (en fait si…) entre eux apparaissent et se succèdent rapidement, et vous devez dire la couleur pour chacun d’eux.
Une question est ensuite posée, en lien avec les autres images, vous devez y répondre.
La plupart du temps et dans la majorité des cas, les personnes qui répondent rapidement vont se tromper.
Un certain nombre vont avoir le réflexe de réfléchir, à peine 1 ou 2 secondes, et répondront correctement.
Ce temps correspond au traitement du filtre dans le cerveau.
Assez rarement, la première fois, une personne va répondre correctement et sans réfléchir.
C’est grâce à ce genre de système d’inhibition que le cerveau fonctionne bien, car sans cela, tout ce qui est simple deviendrait sujet à question, et donc un épuisement au quotidien.

Il ne s’agit pas là de prouver que vous êtes super intelligent ou autre…il s’agit de faire l’expérience et comprendre l’idée du test.

Petite parenthèse :
je vois beaucoup de tests similaires avec cette phrase : si vous y arrivez vous êtes un génie, seuls 1 % y arrivent… Je dois en être un parce que dans de nombreux tests, j’y arrive…
Bon, restons sérieux…

Autre propriété concernant les heuristiques

Pour chaque mot ou concept nouveau que notre cerveau reçoit en tant que nouvelle information, 2 mécanises cérébraux existent :

1 – on assimile des données qui servent de définition venant de l’extérieur, et pour chaque donnée, on fait soit le choix de les prendre comme telles ce qui revient à faire confiance, soit d’en vérifier la source et le % probable en terme de fiabilité.
A savoir qu’à partir du moment où l’on fait le choix, même inconscient, de faire confiance à l’exactitude des données que le cerveau reçoit, on perd alors son sens critique, son libre arbitre, et ce, indépendamment du fait ou non de leur véracité.
Le seul moyen de lutter contre cela est de vérifier systématiquement même quand on est sûr et certain, et même quand on fait confiance. Cette habitude est extrêmement difficile à acquérir.

2 – Quand on assimile un nouveau mot, ou concept, un heuristique va par défaut se mettre en place, et aussi bizarre que cela puisse paraître, créer lui-même la définition à partir de rien (ou à partir de notions pré-existantes en vous), et décider d’en faire la vérité acquise. Et dans une majorité de cas, votre vérité ou réalité sera différente de la réalité, donc vous aurez des pensées erronées associées à ce dont il est question. Bienvenue dans les biais cognitifs…

2 vitesses de pensée

Certains chercheurs considèrent que nous avons 2 systèmes de pensées :
– un système rapide qui fonctionne avec les heuristiques.
– un système plus lent, plus délibéré.

Face à cette piste ou réflexion, 2 choses à savoir:

1- les recherches n’ont pas montré à ce jour des circuits neuronaux rapides et d’autres lents.
A titre d’information : j’ai entendu parler de neurones « z » chez les personnes à hauts potentiels, appelés « zèbres » (communément appelés surdoués). Ces neurones seraient plus rapides que la norme.
2- Les métaphores permettent d’accessibiliser la connaissance, le tout est de respecter la complexité.

Dans cette vidéo, de 2016, on parle de cerveau gauche et droit, et la position d’Albert MOUKHEIBER est que c’est un mythe. J’ai pu également entendre dans d’autres vidéos que cette notion de cerveau gauche et droit est démontrée par expériences en IRM. Personnellement, j’avais tendance à remettre cela en question instinctivement, mais aujourd’hui, dans ce domaine, la question que je me pose est de savoir la vérité, et elle n’est pas si importante, pas essentielle à ma vie.

Nous avons des pensées rapides et d’autres lentes.

Le test a montré que nous pouvons nous tromper dans nos pensées rapides.
Nous pouvons aussi nous tromper dans nos pensées lentes, elles ont des pièges. Nous les utilisons dans nos décisions.

Où tout cela nous conduit-il ? :

On peut être biaisé, irrationnel, et on peut même être prédictiblement irrationnel.
Cette mécanique peut servir à nous induire, nous manipuler.

1 – En voici un exemple (voir test à 8 minutes 25).
Description du test :
Des pots de pop corn sont placés sur une table, Un petit pot de pop corn à gauche à 3€, un autre à droite à 7€.
Le petit pot se vend mieux.
Un nouveau pot de pop corn, de taille moyenne, a été placé entre les 2 autres, à 6,50€ :
Le grand pot est majoritairement vendu.

Ce phénomène s’appelle l’effet de cadrage :
En touchant le cadrage d’un élément sans toucher les valeurs, ni la taille, ni la nature de l’objet, on peut changer les décisions en étant conscient de ces biais…
Et si vous ne le faites pas pour vous, d’autres le feront avec vous pour eux, et ce, dans différents domaines.
Inversement, si quelqu’un peut nous manipuler, cela veut dire que l’on peut également le faire soi-même pour soi !

2 – Autre exemple susceptible d’intéresser les personnes qui font un régime :
mettez la nourriture dans un plat ou récipient de petite taille, visuellement vous aurez l’impression d’avoir plus à manger que si vous avez cette même quantité de nourriture dans un plat plus grand…
Comme quoi, la taille ça compte 😉

3 – « Il faut le voir pour le croire » !
Dans le test de la vidéo (à 11minutes), on va parler du principe inverse : il faut le croire pour le voir.
Description du test :
(vous pouvez lire avant de visionner la vidéo, le test n’en sera pas faussé)
Une silhouette, qui représente une ombre, tourne sur elle même.
Certaines personnes la verront tourner dans un sens, d’autres la verront tourner dans l’autre sens.
En fait, c’est une illusion, car elle tourne dans les 2 sens, selon la perception de chacun.
On appelle cela une illusion : bistable.
Dans le test, le cerveau ne possède pas de marqueur de profondeur, il attribue donc ce qu’il croit à la réalité.
Chacun va choisir de croire et faire le choix de sa croyance et en faire sa réalité face au test.
Cette croyance peut changer pour un même individu d’un moment à un autre pour le même test.

Ce test a pour idée de faire comprendre que face à une chose, une situation, une idée, une pensée, un concept, les individus peuvent être divisés, incapables de se mettre d’accord, pour la seule raison qu’ils voient différemment, trompés par leurs sens, donc par eux-mêmes. Certaines substances peuvent également induire, accentuer le phénomène s’il est déjà présent.

Les tests qui démontrent que voyons par croyance sont nombreux… Sans compter les substances qui déforment notre perception de la réalité…

Nous voyons les choses telles que nous sommes plutôt que telles qu’elles sont.

Nos pensées peuvent ainsi nous induire en erreur dans notre raisonnement comme dans nos décisions, et ce, par les informations qui viennent de l’extérieur et que notre cerveau traite, avec son programme interne de traitement.

Imaginez maintenant que vous puissiez changer, « réparer » ou modifier vos biais, supprimer ce que vous assimilez à des erreurs.
Nous sommes au quotidien en relation avec d’autres, et pour une bonne communication, nous avons besoin de stabilité.
Et une personne, sans ces filtres qui permettent cette stabilité, passerait souvent du calme au stress, à l’énervement, la tristesse, la joie, et aurait du mal à communiquer avec son entourage et inversement.

Vous l’aurez peut être d’ailleurs constaté, une ou des personnes que vous connaissez, ou avez connu, correspondent à cette description…

Temporalité

– Dans notre vie, on suit une temporalité différente de celle de notre cerveau.
On veut une chose, on peut l’avoir rapidement :
je veux une pizza, je vais l’acheter, c’est simple, rapide.

– Notre cerveau suit une temporalité plus lente, plus complexe.
 » débloquez votre potentiel latent « …
Ce genre de promesse se vent en masse depuis quelques années et est souvent associée aux dernières connaissances en neurosciences comme argument marketing.
Sans aller dans le principe selon lequel ces promesses sont impossibles à tenir, méfiez-vous en tout cas quand la promesse est dans une durée courte, de quelques semaines.

C’est possible, cependant cela prend du temps, cela touche à la complexité, cela nécessite de comprendre les choses.

Conseil du jour

Le meilleur conseil possible : doutez.
Doutez de vos pensées, de vos peurs, de votre instinct, de vos intuitions.
On dit souvent qu’il faut écouter ses intuitions. Mais alors, comment savoir quand écouter et quand douter ?
Soyez honnête et factuel avec vous-même et utilisez votre mémoire.
Doutez raisonnablement, doutez pour vous permettre une remise en question de ce que vous pensez, de ce que vous disent vos sens, vos émotions.
Doutez, et profitez du doute pour peut-être observer, analyser.
Doutez, pour prendre le temps, quelques instants, le temps de savoir si l’information, par exemple d’une peur, vient d’un biais, donc de vous-même à l’origine, ou si la source est directement liée à une information extérieure. Douter, pour se donner le temps de savoir si l’information est fiable, ou non, et donc si la peur, par exemple, est fondée, ou pas, dans le moment présent.

La vérité est accessible à tout individu qui la cherche par la connaissance de soi.

Quand est-ce que votre intuition vous a trompée ? Quand vous a-t-elle au contraire bien informée ?
Dans quel contexte ? Face à qui ? À quoi ?

Votre instinct, votre intuition sont des informations transmises et traitées par votre cerveau.

J’ai entendu beaucoup de personnes, femmes et hommes, me parler du nombre de fois que leur intuition / instinct les trompaient dans les relations amoureuses, les unes après les autres, comme une erreur qui se répète partenaire après partenaire.

La phrase qui revient le plus : je sors toujours avec la personne qu’il ne faut pas.
Et moi-même, je me rends compte que quand une femme me plaît, il me faut quelques semaines d’observation pour définir si elle me correspond sur le moyen-long terme.

Les individus semblent également se tromper dans leur capacité à juger ou non de la confiance qu’ils peuvent donner à l’autre. Cela revient à se connaitre assez pour établir un bon jugement…

Je pense que notre plus grande croyance réside dans le fait de croire que l’on se connaît. La plus grande des conquêtes n’est-elle pas la conquête de soi ?

Le mot de la fin

L’attachement au processus plutôt qu’à une pensée (ou émotion ou concept) assure une plus grande plasticité du cerveau. L’opinion n’est plus importante et on peut développer ce qu’on appelle de la flexibilité mentale. Est-ce cela qu’on appelle la sagesse ?

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